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Retraite pour invalidité : + 52 % en un an chez les fonctionnaires territoriaux

En 2025, les départs à la retraite pour invalidité des fonctionnaires territoriaux ont bondi de 52 % en un an. C’est l’un des chiffres les plus inquiétants du rapport annuel sur l’état de la fonction publique, publié le 15 octobre 2026. Ces agents partent en moyenne à 58 ans, usés, avec une pension réduite.
Près d’un départ sur cinq, chez nous
Partir à la retraite pour invalidité, c’est quitter son emploi parce qu’on ne peut plus, de façon définitive, exercer ses fonctions, et qu’aucun reclassement n’a été possible. La retraite peut être demandée par l’agent ou décidée par l’employeur. Dans les deux cas, c’est la fin d’une carrière qu’on n’a pas pu mener jusqu’au bout.
Selon le rapport de la direction générale de la fonction publique, 14 200 fonctionnaires sont partis ainsi en 2025, tous versants confondus. C’est 38 % de plus qu’en 2024. Dans la territoriale, la hausse atteint + 51,7 % en un an.
Résultat : 18 % des nouveaux retraités fonctionnaires de la territoriale sont partis pour invalidité. Presque un sur cinq. À l’État, c’est 6 %. La territoriale est le versant le plus touché, devant l’hôpital (15 %).
Partir à 58 ans, mais pas par choix
Un fonctionnaire territorial qui part pour invalidité a en moyenne 58,3 ans. Ceux qui partent normalement, sur un poste sans pénibilité reconnue, ont 64,2 ans. Six ans d’écart.
Partir plus tôt, c’est en général moins d’années de service, donc moins de droits. La pension pour invalidité n’est pas réduite par une décote, et elle bénéficie de garanties minimales. Si l’invalidité vient du service, par exemple un accident du travail ou une maladie professionnelle, l’agent touche en plus une rente d’invalidité. Mais dans bien des cas, la pension reste nettement plus faible que si la carrière avait pu aller à son terme.
Le rapport relève aussi un effet sur les statistiques. L’âge moyen de départ des fonctionnaires reste stable en 2025, à 62,3 ans. Mais c’est uniquement parce que les départs pour invalidité, plus précoces, se multiplient. Sans eux, l’âge de départ continue de reculer.
Avant d’en arriver là : vos droits
La mise à la retraite pour invalidité ne doit venir qu’en dernier recours. Avant, votre employeur doit chercher à vous garder en emploi : aménager votre poste, adapter vos horaires, vous proposer un autre poste compatible avec votre santé.
Si vous êtes fonctionnaire et reconnu inapte aux fonctions de votre grade, mais pas à toute activité, vous avez droit à une période de préparation au reclassement, d’un an maximum, pendant laquelle votre traitement est maintenu. Elle sert à vous former et à tester d’autres postes. Sur le terrain, nous constatons qu’elle est souvent proposée tard. Demandez-la par écrit.
Et si votre état de santé est lié à votre travail, faites-le reconnaître. L’imputabilité au service change tout : la prise en charge des soins, le maintien de votre traitement pendant tout l’arrêt, et la rente d’invalidité si vous devez partir.
Notre lecture
Ce chiffre ne surprendra personne dans les services techniques, les écoles ou les établissements pour personnes âgées. Des agents portent, se baissent, piétinent toute la journée pendant quarante ans. Les reculs successifs de l’âge de départ à la retraite ont encore allongé cette exposition. Le rapport ne dit pas pourquoi les départs pour invalidité explosent, mais sur le terrain, on le voit : les corps lâchent avant.
La réponse n’est pas de compter les arrêts maladie ou de traquer les absences. Elle passe par la prévention de l’usure, de vrais aménagements de poste, des reclassements préparés tôt, et la reconnaissance de la pénibilité des métiers territoriaux dans le calcul de la retraite. Tant que ce ne sera pas le cas, la retraite pour invalidité restera la sortie de secours d’agents qu’on a laissés s’abîmer.