Aller au contenu

Actualité

Empêchés de bien faire leur travail : ce que les agents territoriaux disent de leur hiérarchie

Plus de 20 000 agents publics ont répondu à l’enquête du collectif Nos services publics, publiée le 17 septembre 2026. Le constat est net : les agents tiennent à leur mission, mais on les empêche souvent de bien faire leur travail. Et quand ça coince, ils se tournent vers leurs collègues bien plus que vers leur hiérarchie. Un baromètre publié le 22 septembre, qui porte uniquement sur les territoriaux, va dans le même sens.

Un travail qu’on n’a plus les moyens de bien faire

Le rapport s’intitule Travailler dans le service public. Il donne des chiffres pour chaque fonction publique, dont la nôtre. Parmi les territoriaux qui ont répondu, près d’un sur trois dit devoir souvent bâcler son travail faute de temps ou de moyens. 37 % ont souvent l’impression de servir des intérêts particuliers plutôt que l’intérêt général.

Le moral suit. Trois répondants territoriaux sur quatre disent aller bien dans leur vie. Au travail, ils ne sont plus qu’un sur deux. Et le rapport relève que le lien entre travail bâclé et mal-être est plus fort dans la territoriale qu’ailleurs.

Une hiérarchie qui ne voit pas le même travail

Dans la territoriale, 89 % des encadrants pensent bien connaître le travail des agents qu’ils évaluent. De l’autre côté, moins d’un agent sur deux pense que la personne qui l’évalue connaît vraiment son travail.

Signaler un problème de management ne sert pas à grand-chose non plus. Parmi les territoriaux qui l’ont fait, seuls 24 % ont vu les choses changer dans le bon sens. Les agents de catégorie C sont les plus exposés : plus de quatre sur dix disent qu’on leur laisse peu ou pas de place pour donner leur avis.

Les encadrants ne sont pas épargnés. Seul un sur six dit n’avoir jamais reçu de consignes qui abîment le travail de son équipe. La plupart les transmettent quand même, après avoir dit leur désaccord.

Désobéir pour bien faire ? Attention au piège

C’est le chiffre qui a fait réagir. 62 % des territoriaux interrogés pensent qu’il peut être de leur devoir de désobéir à un ordre pour protéger le sens de leur mission. Un sur quatre l’a déjà fait. Près d’un sur deux en a eu envie.

La loi, elle, est beaucoup plus stricte. Le code général de la fonction publique vous oblige à suivre les consignes de votre supérieur. Il ne prévoit qu’une exception : un ordre « manifestement illégal et de nature à compromettre gravement un intérêt public » (article L. 121-10). Une consigne absurde ou qui dégrade le service ne suffit pas. Refuser seul, c’est risquer une sanction. Nous détaillons les règles dans notre page sur l’obéissance hiérarchique.

Ce que vous pouvez faire à la place

Écrivez votre désaccord, par mail, avec des faits précis. Vous appliquez la consigne, mais il reste une trace que vous aviez prévenu.

Si la consigne met en jeu votre santé ou vos conditions de travail, notez-le dans le registre de santé et de sécurité au travail. Chaque service doit en avoir un, ouvert à tous les agents. Les représentants du personnel en santé au travail le consultent.

Si votre entretien annuel ne reflète pas votre vrai travail, vous pouvez le contester. Vous avez 15 jours francs après avoir reçu le compte rendu pour demander à votre employeur de le revoir. Ensuite, la commission administrative paritaire peut être saisie dans le mois qui suit sa réponse.

Et surtout, n’y allez pas seul. Le rapport le montre : ce qui fait tenir les agents, c’est le collectif.

Notre lecture

Le baromètre de la MNFCT, publié le 22 septembre avec Moodwork et idealCO, porte sur 6 513 territoriaux. 45 % se disent épuisés par leur travail au moins une fois par semaine, trois points de plus qu’en 2025. Près des trois quarts n’ont jamais été formés aux risques psychosociaux, c’est-à-dire à ce qui abîme la santé mentale au travail.

Il faut lire ces chiffres avec prudence : l’enquête de Nos services publics repose sur des volontaires, et le collectif le dit lui-même. Mais le message des agents est clair. Ils ne demandent pas moins de travail. Ils demandent les moyens de le faire bien : des effectifs, des équipes stables, du temps pour se réunir et une hiérarchie qui écoute.

Le rapport laisse un angle de côté : le rôle des élus, pourtant décisif dans nos collectivités. C’est souvent là que se décident les moyens et les priorités. La réponse ne sera pas la désobéissance individuelle. Elle passe par le collectif : les collègues, les représentants du personnel et le syndicat.