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Erreur sur votre paie : votre employeur a deux ans pour vous réclamer l’argent, pas un jour de plus

Votre employeur s’est trompé sur votre paie et vous réclame de l’argent des mois plus tard ? La loi lui laisse deux ans pour le faire. Une agente hospitalière a voulu faire tomber cette règle devant le Conseil d’État, qui a refusé le 30 juillet 2026. La règle reste donc en place. Ses limites aussi, et ce sont elles qui vous protègent.
Une agente attaque la règle elle-même
Le 8 janvier 2026, une agente du centre hospitalier de Château-Thierry reçoit un titre exécutoire, c’est-à-dire un ordre de payer. Son employeur veut récupérer des sommes qu’il dit avoir versées à tort sur son salaire. Elle saisit le tribunal administratif d’Amiens.
Elle ne se contente pas de discuter le montant. Elle soutient que la loi qui permet ces remboursements est contraire à la Constitution. D’autres agents, poursuivis eux aussi par leur employeur, se joignent à elle. Le tribunal transmet la question au Conseil d’État.
Le Conseil d’État ferme la porte
Par sa décision n° 515854 du 30 juillet 2026, il refuse d’envoyer la question au Conseil constitutionnel. Pour lui, réclamer pendant deux ans une somme versée par erreur ne porte pas atteinte au droit de propriété de l’agent. La règle ne touche pas non plus au principe du service fait : tout travail effectué doit être payé.
Le juge ajoute une précision utile. L’agent garde le droit de demander réparation à son employeur quand c’est la faute de celui-ci qui a créé le trop-perçu. Attention à ne pas faire dire à cette décision plus qu’elle ne dit : elle ne tranche pas le cas de l’agente. C’est le tribunal d’Amiens qui dira si elle doit rembourser, et combien.
Deux ans, mois par mois
La règle vient de l’article 37-1 de la loi du 12 avril 2000. Elle vaut pour toute la fonction publique, territoriale comprise, que vous soyez titulaire ou contractuel. L’employeur a deux ans pour réclamer, à partir du premier jour du mois qui suit le paiement. Le calcul se fait paie par paie.
Un exemple. Une prime vous a été versée à tort de janvier 2024 à juin 2026, et la réclamation arrive en octobre 2026. Les sommes payées avant octobre 2024 sont perdues pour l’employeur. Il ne peut réclamer que les deux dernières années.
Ce délai saute notamment quand l’erreur vient d’une information que vous n’avez pas donnée, ou que vous avez donnée fausse, sur votre situation personnelle ou familiale. Un enfant qui n’est plus à charge, par exemple, change le supplément familial de traitement. Si vous ne l’avez pas signalé, les deux ans ne vous protègent plus. L’employeur a alors cinq ans pour réclamer, à partir du jour où il a connu votre situation.
Ce que vous pouvez faire
Ne payez pas sans vérifier. Demandez le détail du calcul, mois par mois, avec la date de paiement de chaque somme. Ce qui a été payé plus de deux ans avant la première réclamation écrite se conteste. Attention, un courrier de l’employeur reçu entre-temps a pu interrompre le délai. Vous avez deux mois, à compter du jour où vous recevez le titre exécutoire, pour le contester devant le tribunal administratif. Vous pouvez aussi demander un échéancier, ou une remise si la somme vous met en difficulté.
Si l’erreur a duré parce que le service paie n’a rien corrigé malgré vos signalements, écrivez-le. C’est une faute de l’employeur. Elle peut vous permettre de demander une indemnité, par une démarche séparée, pour le tort que cette erreur vous cause. Gardez vos bulletins et vos courriers. Notre vérificateur de bulletin de paie aide à repérer une anomalie avant qu’elle ne s’accumule.
L’erreur est à l’employeur, la facture est pour l’agent
Le plus souvent, l’agent n’a rien fait de mal. Il a touché ce qu’on lui a versé, sans pouvoir deviner qu’une ligne était fausse. Deux ans plus tard, on lui demande plusieurs centaines ou plusieurs milliers d’euros, souvent à un agent de catégorie C déjà payé au niveau du SMIC.
Le Conseil d’État vient d’écarter cette contestation : ce n’est pas par là que la règle tombera. Il reste à faire respecter le délai de deux ans, et à mettre en cause la responsabilité de l’employeur quand il a laissé courir l’erreur. Un trop-perçu se discute. Ne restez pas seul avec le courrier : venez nous voir avant de signer quoi que ce soit.