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Toute une carrière pour 486 € de plus : les grilles des territoriaux écrasées depuis 2000

En 2000, un adjoint administratif qui faisait toute sa carrière finissait avec 902 € brut de plus par mois qu’à son premier jour, en euros d’aujourd’hui. En 2026, l’écart n’est plus que de 486 €. Nous avons ressorti les grilles de l’an 2000 pour sept cadres d’emplois, des adjoints aux ingénieurs : partout, la carrière s’est tassée. Les débuts ont été rattrapés par le SMIC, les fins de carrière ont reculé.
Quatrième volet de notre série « Nos salaires à la loupe ».
Ce que nous avons mesuré
Pour chaque cadre d’emplois, nous avons comparé deux bornes : le premier échelon du grade de recrutement et le dernier échelon du grade le plus haut. Une fois en 2000, une fois en 2026. Les salaires de 2000 sont convertis en euros d’aujourd’hui avec l’indice des prix hors tabac de l’INSEE (+52,8 % entre 2000 et août 2026). Les indices viennent des grilles officielles de chaque époque.
La différence entre les deux bornes, c’est ce que vaut une carrière entière : ce que l’expérience, les examens et les promotions peuvent vous rapporter au bout du compte.
| Cadre d’emplois | Écart début-fin en 2000 (en euros de 2026) | Écart début-fin en 2026 | Évolution |
|---|---|---|---|
| Adjoints administratifs et techniques | 902 € | 486 € | −46 % |
| Agents de maîtrise | 1 045 € | 634 € | −39 % |
| Rédacteurs | 1 460 € | 1 047 € | −28 % |
| Techniciens | 1 298 € à 1 460 € | 1 047 € | −19 % à −28 % |
| Attachés (jusqu’à attaché principal) | 2 823 € | 2 122 € | −25 % |
| Ingénieurs (jusqu’à ingénieur principal) | 2 823 € | 2 122 € | −25 % |
Des débuts collés au SMIC
En 2000, un débutant de catégorie C gagnait tout juste le SMIC. Un débutant de catégorie B touchait 1,15 SMIC, un débutant de catégorie A 1,38 SMIC. Chaque catégorie avait sa marche.
En 2026, un adjoint, un rédacteur et un technicien débutants touchent exactement la même chose : le SMIC, 1 867 € brut. L’attaché ou l’ingénieur débutant, recruté à bac +3 au minimum, n’est plus qu’à 1,04 SMIC. La marche entre les catégories a presque disparu au recrutement.
Le premier échelon de la catégorie C a même gagné du pouvoir d’achat depuis 2000 : 218 € brut en euros constants. Mais ce gain vient du SMIC, que la loi revalorise avec les prix. Le point d’indice, lui, n’y est pour rien.
Des fins de carrière qui reculent
À l’autre bout, c’est l’inverse. En euros constants, le sommet de la catégorie C a reculé de 198 € par mois depuis 2000. Celui des rédacteurs de 416 €. Celui des attachés principaux de plus de 1 000 €.
Mesuré en SMIC, le recul saute aux yeux. Un adjoint en fin de carrière touchait 1,57 SMIC en 2000, il n’en touche plus que 1,26. Un rédacteur au sommet passe de 2,04 à 1,56 SMIC. Un attaché principal au dernier échelon, de 3,12 à 2,18 SMIC. Toute une vie professionnelle pour finir à peine au-dessus du salaire minimum : c’est la réalité d’une grande partie de la catégorie C.
Et il faut plus longtemps pour y arriver
Pour un adjoint, aller du premier échelon au sommet de la C3 prend aujourd’hui au moins 23 ans, à condition d’être promu à chaque fois que c’est possible. C’était 21 ans et demi à 29 ans en 2000 : la durée a peu changé, mais le sommet rapporte moins. Pour un agent de maîtrise, il faut désormais 24 ans pour atteindre le haut de son cadre, contre 15 ans et demi à 19 ans en 2000. Pour un rédacteur ou un technicien, il faut au moins 30 ans pour atteindre le dernier échelon du grade principal de 1re classe. En 2000, un examen professionnel permettait de passer directement de rédacteur à rédacteur-chef : le sommet s’atteignait en 22 à 27 ans.
Ces durées sont des minimums théoriques. Dans la réalité, les promotions dépendent des ratios fixés par chaque collectivité et des places disponibles. Beaucoup d’agents ne verront jamais le dernier grade de leur cadre.
En catégorie A, le sommet a même changé de nature. En 2000, un attaché principal pouvait devenir directeur territorial après quatre ans, sans condition de poste. Aujourd’hui, le grade équivalent, attaché hors classe, est réservé à ceux qui ont occupé six à huit ans des emplois de direction ou des fonctions de haut niveau.
Pourquoi c’est grave
Une grille de rémunération est une promesse : si vous restez, si vous progressez, votre salaire suivra. Cette promesse ne tient plus. Quand un adjoint gagne à peine 486 € de plus en fin de carrière qu’à son recrutement, rester dans la fonction publique territoriale devient difficile à justifier.
Le mécanisme est connu. Le SMIC suit les prix, le point d’indice non. Chaque hausse du SMIC relève le bas des grilles sans toucher au haut, et l’écart se referme. Les réformes successives des grilles ont limité les dégâts sans jamais inverser la tendance.
Ce que revendique la FSU Territoriale
La FSU Territoriale du Pas-de-Calais demande une refonte de toutes les grilles, avec un premier échelon nettement au-dessus du SMIC et un vrai écart entre les catégories dès le recrutement. Elle demande que le point d’indice suive les prix, pour que les fins de carrière ne fondent plus d’année en année. Elle réclame enfin des ratios de promotion qui permettent réellement d’atteindre le haut de la grille, au lieu de laisser la plupart des agents bloqués à mi-chemin.
Votre grille d’aujourd’hui, avec le détail de chaque échelon, se trouve sur notre page grilles indiciaires.
Sources : statuts particuliers et échelonnements indiciaires en vigueur en 2000 et en 2026 (décrets n° 87-1099, 90-126, 95-25, 95-29, 2006-1690, 2006-1691, 2010-329, 2010-1357, 2016-201, 2016-596) ; décrets n° 87-1107, 87-1109, 88-547, 88-552, 88-554 et 98-715 (catégorie C en 2000) ; barème des indices du 1er décembre 1999 (JO n° 264 du 14 novembre 1999) ; INSEE, indice des prix à la consommation hors tabac (série 011814056) ; SMIC 2000 (décrets n° 99-546 et 2000-589) et 2026 (arrêté du 22 mai 2026).