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Quinze ans d’ancienneté pour gagner moins que le collègue qui vient d’arriver

Changer d’échelon, ou même obtenir une promotion de grade, et voir son salaire net baisser : c’est ce qui arrive en 2026 aux agents territoriaux dont le traitement est resté sous le SMIC, en catégorie C et jusque dans la catégorie B. La perte se compte en euros et en centimes, pas en centaines d’euros. Mais elle dit tout d’un système où des années d’ancienneté ne rapportent plus rien. Nous avons refait les bulletins, ligne par ligne.

Deuxième volet de notre série « Nos salaires à la loupe ».

Un brut bloqué au SMIC

Depuis le 1er juin 2026, le SMIC s’élève à 1 867,02 € brut par mois. Le point d’indice, lui, est gelé à 4,92278 € depuis juillet 2023. Résultat : tout agent dont l’indice majoré ne dépasse pas 379 a un traitement indiciaire inférieur au SMIC. C’est le cas des dix premiers échelons de l’échelle C1, des sept premiers de la C2, et même des cinq premiers échelons de rédacteur ou de technicien territorial, en catégorie B.

Pour ces agents, l’employeur verse une indemnité différentielle qui comble l’écart jusqu’au SMIC. Le ministère l’a chiffré lui-même : 862 000 agents publics la touchent depuis le 1er juin. Nous avons expliqué dans le premier article de cette série pourquoi cette indemnité ne compte pas pour la retraite CNRACL.

C’est justement là que le piège se referme.

Un point d’indice gagné, des euros perdus

Quand un agent sous le SMIC change d’échelon, son indice augmente, donc son traitement augmente. Mais l’indemnité différentielle baisse exactement d’autant : le brut total reste figé à 1 867,02 €.

Sauf que les deux lignes ne sont pas traitées pareil. Le traitement indiciaire supporte la retenue pour pension CNRACL de 11,10 %. L’indemnité différentielle en est exonérée : elle ne supporte que la cotisation de retraite additionnelle (RAFP) de 5 %, dans une limite de 20 % du traitement.

Chaque euro qui passe de l’indemnité au traitement est donc davantage prélevé. Même brut, plus de cotisations : le net baisse. Selon le niveau de primes, chaque point d’indice gagné coûte entre 0,30 € et 0,60 € net par mois.

Trois bulletins, avant et après

Calculs pour un fonctionnaire affilié à la CNRACL, à temps complet, valeurs de septembre 2026, net avant impôt.

1. Un changement d’échelon : adjoint technique, du 8e au 9e échelon de l’échelle C1, sans prime.

8e échelon (IM 373)9e échelon (IM 376)
Traitement indiciaire1 836,20 €1 850,97 €
Indemnité différentielle30,82 €16,05 €
Brut1 867,02 €1 867,02 €
Retenue CNRACL 11,10 %203,82 €205,46 €
RAFP 5 %1,54 €0,80 €
CSG et CRDS177,93 €177,93 €
Net1 483,73 €1 482,83 €

Trois ans d’attente pour ce passage d’échelon, et 0,90 € de moins chaque mois. Avec une IFSE de 400 €, la perte double : 1,79 € par mois, car le plafond de la RAFP monte avec le traitement.

2. Une promotion de grade : adjoint technique au 6e échelon, promu adjoint technique principal de 2e classe (4e échelon), avec 400 € d’IFSE.

Avant (IM 371)Après (IM 373)
Traitement indiciaire1 826,35 €1 836,20 €
Indemnité différentielle40,67 €30,82 €
IFSE400,00 €400,00 €
Brut2 267,02 €2 267,02 €
Retenue CNRACL 11,10 %202,72 €203,82 €
RAFP 5 %18,26 €18,36 €
CSG et CRDS216,06 €216,06 €
Net1 829,98 €1 828,78 €

C’est à partir du 6e échelon, avec un an d’ancienneté et huit ans de services, que s’ouvre l’avancement au choix vers la C2. L’agent inscrit au tableau d’avancement, reconnu par sa collectivité, perd 1,20 € par mois. Le même scénario se retrouve pour les adjoints administratifs, d’animation et du patrimoine, les agents sociaux, les ATTEE, les opérateurs des APS et les sapeurs promus caporaux, depuis les 6e, 7e, 8e et 9e échelons. Il touche aussi l’agent de maîtrise promu principal et, en catégorie B, le rédacteur, le technicien ou l’animateur promu au grade principal de 2e classe depuis le 4e échelon.

3. Quinze ans de carrière : du 1er au 10e échelon de l’échelle C1, avec 400 € d’IFSE.

1er échelon (IM 366)10e échelon (IM 377)
Traitement indiciaire1 801,74 €1 855,89 €
Indemnité différentielle65,28 €11,13 €
Brut avec IFSE2 267,02 €2 267,02 €
Retenue CNRACL 11,10 %199,99 €206,00 €
RAFP 5 %18,02 €18,56 €
CSG et CRDS216,06 €216,06 €
Net1 832,95 €1 826,40 €

Il faut quinze ans pour atteindre le 10e échelon de la C1. À valeurs 2026 constantes, l’agent qui y arrive touche 6,55 € de moins par mois qu’un collègue qui vient d’être recruté (3,31 € sans prime). En balayant toutes les grilles territoriales en vigueur, nous avons recensé 227 passages d’échelon et 43 avancements de grade qui font baisser le net.

Et en étant promu au plus vite ?

La promotion de grade devrait être la porte de sortie. Nous avons donc suivi un adjoint recruté au 1er échelon de la C1, et compté combien de temps son traitement reste sous le SMIC selon le rythme de ses promotions vers la C2, puis la C3. Les conditions et les règles de reclassement sont celles du décret n° 2016-596 du 12 mai 2016.

ParcoursPromotionsAnnées sous le SMIC
Jamais promuAucune19 ans
Le plus rapide possibleC2 par examen professionnel à 3 ans, C3 à 8 ans8 ans
Le même, deux ans plus tardC2 à 5 ans, C3 à 12 ans10 ans
Voie habituelle, au choixC2 à 8 ans, C3 à 13 ans11 ans et 4 mois
Voie habituelle, deux ans plus tardC2 à 10 ans, C3 à 17 ans12 ans et 8 mois

Même en réussissant tout du premier coup, un adjoint reste huit ans payé au SMIC. Et la première promotion ne lui rapporte rien : promu en C2 par examen professionnel dès que possible, il passe du 4e échelon de la C1 au 2e échelon de la C2, au même indice majoré 369. Sans passage en C3, qu’il obtienne l’examen à trois ans ou à cinq ans, il sort de la zone SMIC au même moment, au bout de dix ans.

Ces parcours restent théoriques. Réussir l’examen ne garantit pas la promotion, et la voie au choix dépend du nombre de promotions que votre collectivité ouvre chaque année. Dans la réalité, les délais sont souvent plus longs.

Des cotisations qui ne rapportent rien à l’agent

On nous objectera que l’agent cotise davantage pour sa retraite. C’est vrai sur le papier, faux dans les faits. La pension CNRACL est calculée sur l’indice détenu au moins six mois en fin de carrière. Les cotisations supplémentaires payées au 9e échelon de la C1 ne changeront rien à la pension d’un agent qui finira plus haut. Et pour l’agent sans prime, le mécanisme réduit même ses cotisations RAFP, les seules qui lui rapportent des points.

Ce que ces chiffres disent vraiment

Soyons clairs : personne ne perd cent euros en changeant d’échelon. Le scandale n’est pas dans le montant. Il est dans le principe. Pendant dix, quinze ans, l’avancement d’échelon et même la promotion de grade, présentés comme la reconnaissance de l’expérience, ne rapportent strictement rien, et parfois moins que rien. La grille indiciaire, censée organiser une progression de carrière, est écrasée par le SMIC.

Et cela va s’aggraver. Le SMIC est revalorisé automatiquement avec l’inflation. Le point d’indice, lui, dépend du bon vouloir du gouvernement. Chaque hausse du SMIC sans hausse du point fait basculer de nouveaux échelons dans la zone où avancer ne paie plus. Un prochain article de cette série, à paraître d’ici peu, calculera ce que vaudrait le point d’indice s’il avait suivi l’inflation.

Ce que revendique la FSU Territoriale du Pas-de-Calais

Nous demandons l’indexation du point d’indice sur l’inflation, pour arrêter le tassement des grilles par le bas. Nous demandons une refonte des grilles de catégorie C et B, avec un premier échelon nettement au-dessus du SMIC et un écart réel entre chaque échelon. Nous demandons la garantie qu’aucun avancement d’échelon ou de grade ne puisse faire baisser le salaire net. Et nous demandons l’intégration des primes dans le traitement, pour qu’elles comptent enfin pour la retraite.

Vous êtes concerné ? Comparez votre bulletin avec notre grille indiciaire de la catégorie C, où le net de chaque échelon est calculé. Un avancement qui fait perdre de l’argent, cela ne devrait pas exister.