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Réforme de l’encadrement supérieur de la FPT : ce que changent les décrets de juin 2026

Cinq décrets publiés le 12 juin 2026 bouleversent les règles de carrière, de rémunération et de classification des cadres dirigeants territoriaux. Un arrêté du 3 juillet complète le dispositif. Entrée en vigueur : 1er juillet 2026. On vous explique tout.

Une réforme attendue depuis cinq ans

Depuis l’ordonnance du 2 juin 2021 qui a réformé la haute fonction publique de l’État, la question de sa transposition à la fonction publique territoriale restait ouverte. Les associations d’élus et de cadres territoriaux, notamment l’AATF, défendaient l’idée qu’un DGS de grande collectivité exerce des responsabilités au moins comparables à celles d’un sous-préfet ou d’un directeur d’administration centrale.

C’est désormais chose faite. Les cinq décrets du 10 juin 2026 (n° 2026-483 à 2026-487), complétés par l’arrêté du 3 juillet 2026, forment un bloc cohérent qui aligne la haute fonction publique territoriale sur les standards de l’État. L’objectif affiché est triple : rendre les emplois de direction plus attractifs, faciliter la mobilité entre les versants de la fonction publique et harmoniser les carrières.

Décret par décret : ce qui change concrètement

1. Un nouveau statut pour les administrateurs territoriaux (décret n° 2026-483)

C’est le texte le plus structurant de la réforme. L’architecture classique du cadre d’emplois, administrateur, administrateur hors classe, administrateur général, disparaît au profit de trois grades uniformément appelés « administrateur territorial » :

  • Premier grade : 30 échelons (+ 2 échelons d’élève)
  • Deuxième grade : 32 échelons, accessible après 6 ans de services effectifs dans le cadre d’emplois
  • Troisième grade : 30 échelons, accessible après 16 ans de services et l’occupation d’au moins deux emplois fonctionnels de direction pendant deux ans chacun en détachement

Le nombre d’échelons par grade augmente considérablement par rapport à l’ancienne structure. L’alignement sur le corps des administrateurs de l’État est total, ce qui rend les détachements réciproques entre FPT et FPE beaucoup plus simples : les grilles sont désormais en miroir.

Un grade transitoire de 37 échelons (durée uniforme de 18 mois par échelon) est créé pour absorber le reclassement des agents déjà en poste au 1er juillet 2026, sans perte de droits ni blocage de carrière.

2. Une refonte des emplois fonctionnels de direction (décret n° 2026-484)

Ce décret distingue désormais deux régimes selon la taille de la collectivité :

Pour les collectivités de moins de 40 000 habitants (chapitre II) : les emplois de DGS (communes de 2 000 à 40 000 hab.) et de DGA (communes de 10 000 à 40 000 hab.) sont réécrits dans un cadre unique à 9 échelons. Les règles et les grilles restent globalement inchangées.

Pour les collectivités de plus de 40 000 habitants (chapitre III) : c’est ici que réside la vraie nouveauté. Les emplois fonctionnels supérieurs — DGS et DGA des départements, régions, métropoles, grandes communes et EPCI — sont classés en quatre niveaux en fonction de la responsabilité, du champ d’action, du degré d’expertise et de la technicité.

3. La grille indiciaire alignée sur l’État (décret n° 2026-485)

La grille indiciaire des administrateurs territoriaux est calquée en tous points sur celle des administrateurs de l’État. Trois grades, mêmes échelons, mêmes indices. C’est le socle technique qui permet la mobilité inter-fonctions publiques et assure la parité de traitement.

4. Les grilles des emplois de direction des petites collectivités (décret n° 2026-486)

Ce décret fixe l’échelonnement indiciaire des emplois de DGS et DGA dans les collectivités de moins de 40 000 habitants. Les grilles comportent 9 échelons et demeurent inchangées par rapport à la situation antérieure. Les agents occupant ces emplois ne bénéficient d’aucune revalorisation dans le cadre de cette réforme.

5. Un nouveau régime indemnitaire pour les emplois supérieurs (décret n° 2026-487)

Le décret transpose le régime indemnitaire de l’encadrement supérieur de l’État (issu du décret n° 2022-1453) aux emplois fonctionnels supérieurs de la FPT (collectivités de plus de 40 000 habitants).

Ce nouveau régime se compose de deux parts :

  • Une part fonctionnelle tenant compte des fonctions, des sujétions et de l’expertise
  • Une part liée à l’engagement professionnel

Les plafonds des deux parts sont fixés par délibération de l’organe délibérant de chaque collectivité, dans la limite du plafond global applicable aux emplois équivalents de l’État. Une table de correspondance officielle entre emplois territoriaux et emplois de l’État est créée au sein du décret n° 91-875 du 6 septembre 1991.

En contrepartie, la NBI (nouvelle bonification indiciaire) et la prime de responsabilité (historiquement plafonnée à 15 % du traitement brut) sont supprimées pour les emplois supérieurs concernés. L’esprit de la réforme est que ces anciennes primes sont absorbées par les nouveaux plafonds indemnitaires, censés être plus favorables dans l’ensemble.

Une clause de sauvegarde est prévue pour éviter une perte de rémunération brutale, mais son champ d’application reste limité.

L’arrêté du 3 juillet 2026 : la clé de voûte du classement

L’arrêté du 3 juillet 2026, publié au JO du 4 juillet, vient compléter le dispositif en fixant la liste concrète des emplois relevant de chacun des quatre niveaux prévus par le décret n° 2026-484. Sans cet arrêté, le système de classification restait inapplicable.

Niveau 1 : les emplois de direction des plus grandes collectivités, DGS des régions de plus de 2 millions d’habitants, des plus grands départements et métropoles.

Niveau 2 : DGS des autres grandes collectivités (régions, départements, métropoles, EPCI et communes selon les strates démographiques), DGA des plus grandes structures, DG de certains établissements (CIG, CDG de plus de 30 000 agents, CNFPT).

Niveau 3 : emplois d’expert de haut niveau et de directeur de projet (groupes I et II), DGA de structures intermédiaires.

Niveau 4 : tous les autres emplois fonctionnels de direction des collectivités de plus de 40 000 habitants qui ne relèvent pas des trois premiers niveaux.

Ce classement conditionne directement le recrutement, l’avancement et le régime indemnitaire applicable.

Ce que nous en pensons à la FSU Territoriale 62

Cette réforme présente des avancées réelles en matière de lisibilité des carrières et de mobilité pour les cadres dirigeants. L’alignement sur l’État était réclamé de longue date par les administrateurs territoriaux, et il est désormais acté. Nous ne contestons pas le principe : ces agents exercent des responsabilités considérables et méritent un cadre statutaire à la hauteur.

Mais cette réforme illustre cruellement le choix de priorités de l’État.

Pendant qu’on revalorise le sommet, la base s’enfonce sous le SMIC

Au même moment où cinq décrets restructurent de fond en comble les carrières et les rémunérations des cadres A+, nouvelle grille, nouveau régime indemnitaire, mobilité facilitée, voici la réalité vécue par l’immense majorité des agents territoriaux :

Depuis le 1er juin 2026 et la revalorisation du SMIC à 1 867,02 € brut, 27 échelons des grilles de catégorie C et B se situent en dessous du salaire minimum. Sur la grille C1, celle des adjoints administratifs, des adjoints techniques, des agents sociaux qui débutent, 10 échelons sur 11 sont sous le SMIC. Autrement dit, un agent peut progresser pendant des années d’échelon en échelon sans jamais dépasser le SMIC. Chaque avancement est immédiatement absorbé par la baisse de l’indemnité différentielle. L’ancienneté ne paie plus.

Et cette indemnité différentielle, plafonnée à 65,28 € brut par mois, n’est qu’un pansement. Elle ne compte ni pour le calcul de la retraite, ni pour les droits liés au traitement indiciaire. C’est un artifice comptable qui masque le refus de reconstruire les grilles.

76 % des agents de la fonction publique territoriale relèvent de la catégorie C. Le point d’indice est gelé depuis juillet 2023 à 4,92 €. L’écart entre le premier et le dernier échelon de la catégorie C n’est que de 106 points d’indice, soit environ 520 € brut de différence sur une carrière entière. C’est moins qu’un seul échelon d’administrateur territorial.

Une réforme à deux vitesses, y compris pour les cadres dirigeants

Même au sein de la réforme elle-même, les inégalités sont flagrantes. Les agents occupant des emplois fonctionnels dans les collectivités de moins de 40 000 habitants, soit l’immense majorité des communes et EPCI de notre département, ne bénéficient d’aucune revalorisation. Leurs grilles restent identiques à 9 échelons. La réforme ne profite qu’aux emplois supérieurs des grandes structures, creusant l’écart avec les cadres dirigeants des petites et moyennes collectivités.

D’autres points de vigilance

La suppression de la NBI et de la prime de responsabilité pour les emplois supérieurs suppose que les nouvelles enveloppes indemnitaires compensent effectivement ces pertes. Encore faut-il que les organes délibérants fixent des plafonds suffisants, ce qui n’est pas garanti dans les collectivités aux finances contraintes.

L’obligation de mobilité pour accéder au troisième grade (deux emplois fonctionnels de deux ans en détachement) peut constituer un frein pour les cadres implantés en territoire, notamment dans les zones rurales.

Les collectivités doivent s’adapter vite : l’arrêté est entré en vigueur au 1er juillet 2026 avec un effet rétroactif, ce qui impose une vérification immédiate du rattachement des emplois existants au bon niveau.

Ce que nous demandons

La FSU Territoriale revendique une revalorisation structurelle des grilles indiciaires de catégorie C et B : pas des indemnités différentielles qui disparaissent de la fiche de retraite, mais de vrais points d’indice. Nous demandons une augmentation significative de la valeur du point d’indice, gelé depuis plus de trois ans, et la reconstruction des grilles pour que la progression de carrière retrouve un sens. Il n’est pas acceptable que l’État trouve les moyens de moderniser les carrières de quelques milliers de cadres dirigeants tout en laissant près de 1,5 million d’agents C et B territoriaux stagner au niveau du SMIC.

Les textes de référence