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Gel du point d’indice : jusqu’à 1 000 € de pouvoir d’achat perdus chaque mois depuis 2000

Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale l’écrit dans son rapport de septembre 2026 : si le point d’indice avait suivi l’inflation depuis 2000, il vaudrait 6,50 € et non 4,92 €. Nous avons refait le calcul avec les chiffres de l’INSEE, puis ressorti les grilles de l’an 2000 pour mesurer ce que vous avez réellement perdu, réformes comprises. Le verdict : jusqu’à 1 000 € de pouvoir d’achat par mois en haut des grilles, et une catégorie C collée au SMIC. Calculez le vôtre.
Troisième volet de notre série « Nos salaires à la loupe », après l’indemnité différentielle qui ne cotise pas à la CNRACL et l’avancement qui peut faire baisser le net.
Un chiffre officiel, vérifié
Le rapport Les rémunérations des agents territoriaux : l’urgence de l’action ! a été adopté en séance plénière du CSFPT le 16 septembre 2026. Nous en avons présenté les grandes lignes. En page 16, il affirme : « Si le point d’indice avait suivi l’inflation depuis 2000, il ne serait pas à 4,92 € comme aujourd’hui, mais à 6,50 €. »
Le rapport ne détaille pas sa méthode. Nous l’avons donc reconstituée. En 2000, le point valait en moyenne 4,25 € par mois. Pour l’inflation, nous avons pris l’indice des prix hors tabac de l’INSEE, le même que celui de l’ancienne GIPA. Entre la moyenne de l’an 2000 et août 2026, les prix ont augmenté de 52,8 %. Résultat : 4,25 € × 1,528 = 6,49 €.
Le chiffre du CSFPT est exact à un centime près. Le point réel, lui, est bloqué à 4,92 € depuis le 1er juillet 2023. Le point a donc perdu 24 % de sa valeur réelle : vos 4,92 € d’aujourd’hui achètent ce qu’achetaient 3,22 € en 2000.
Deux gels qui ont tout coûté
L’érosion n’est pas tombée du ciel. Entre 2000 et 2010, le point augmentait un peu moins vite que les prix. Puis deux gels ont creusé le fossé : six ans de blocage de juillet 2010 à juin 2016, puis plus de cinq ans de février 2017 à juin 2022. Les hausses de 3,5 % en 2022 et de 1,5 % en 2023 n’ont même pas couvert l’inflation de ces deux années. Et depuis juillet 2023, plus rien.
Deux façons de compter, deux chiffres
Le gouvernement ne manquera pas de rappeler que les grilles ont bougé depuis 2000 : réformes de la catégorie C, nouvel espace statutaire de la catégorie B, protocole PPCR, 5 points pour tous en janvier 2024. C’est vrai. Nous avons donc fait le calcul de deux façons.
Si le point avait suivi les prix : votre indice d’aujourd’hui, moins les 6 points accordés à tous depuis 2000, multiplié par un point à 6,49 €. C’est ce que vous toucheriez si le gouvernement avait simplement indexé le point, en gardant les grilles actuelles.
Perte réelle depuis 2000 : nous avons ressorti les grilles de l’an 2000 pour le même poste, au même endroit de la carrière. Nous avons revalorisé son salaire de 2000 comme les prix, puis comparé avec ce qu’il touche aujourd’hui. Toutes les réformes de grille sont comptées. C’est le pouvoir d’achat réellement perdu, ou gagné.
| Poste et échelon | Brut aujourd’hui | Si le point avait suivi les prix | Perte réelle depuis 2000 |
|---|---|---|---|
| Adjoint administratif ou technique, 1er échelon | 1 867 € (SMIC) | jusqu’à 470 € de plus | gain de 218 € |
| Adjoint administratif ou technique, dernier échelon | 1 905 € | 568 € | 178 € |
| Adjoint adm. principal 1re classe, dernier échelon | 2 353 € | 710 € | 198 € |
| Agent de maîtrise, dernier échelon | 2 368 € | 715 € | 86 € |
| Rédacteur ou technicien, 1er échelon | 1 867 € (SMIC) | jusqu’à 515 € de plus | 2 € |
| Rédacteur ou technicien, dernier échelon | 2 501 € | 757 € | 498 € |
| Attaché ou ingénieur, 1er échelon | 1 945 € | 580 € | 308 € |
| Attaché, 6e échelon | 2 550 € | 773 € | 436 € |
| Ingénieur, 10e échelon | 3 338 € | 1 024 € | 674 € |
| Attaché principal, dernier échelon | 4 066 € | 1 256 € | 1 009 € |
Les réformes de grille ont donc rendu une partie de ce que le gel a pris : environ 70 % en catégorie C, mais seulement 20 à 50 % en B et en A. Plus vous montez dans la grille, plus la perte réelle est lourde, jusqu’à 1 000 € par mois pour un attaché principal en fin de carrière.
Et ce sont des montants bruts. Entre-temps, la retenue pour pension est passée de 7,85 % à 11,10 % et la CSG de 7,5 % à 9,2 %. Sur votre fiche de paie, la perte nette est plus lourde encore.
Au bas de l’échelle, un gain qui cache un piège
Un chiffre saute aux yeux : un adjoint débutant gagne aujourd’hui 218 € brut de plus qu’en 2000, en euros constants. Même après la hausse des cotisations, il reste environ 90 € de plus en net. Ce gain est réel. Mais il ne doit rien au point d’indice : il vient du SMIC, que la loi revalorise avec les prix et parfois au-delà. Depuis 2000, l’indice minimum est passé de 253 à 366 points, décret après décret, uniquement pour ne pas tomber sous le salaire minimum. Et depuis janvier 2024, le gouvernement ne le relève même plus : quand le SMIC le dépasse, il verse une indemnité différentielle qui ne cotise pas à la CNRACL.
Le piège, c’est la suite de la carrière. En 2000, le 1er échelon d’un agent de catégorie C était 13 € au-dessus du SMIC. Aujourd’hui, il est 65 € en dessous. Un adjoint administratif met dix-neuf ans pour atteindre le dernier échelon de son grade, qui le place… 38 € au-dessus du SMIC. Un rédacteur débutant touche exactement la même chose qu’un adjoint débutant. Et un attaché débutant, qui gagnait 1,38 fois le SMIC en 2000, n’en touche plus que 1,04. Le gel du point ne se voit pas dans le salaire d’entrée : il se voit dans l’écrasement de la carrière. Selon le CSFPT, environ 700 000 agents pourraient être rattrapés par le SMIC depuis sa hausse du 1er juin 2026. Un prochain article mesurera, cadre d’emplois par cadre d’emplois, ce qu’est devenu l’écart entre le début et la fin d’une carrière depuis 2000.
Calculez ce que le point vous coûte
Choisissez votre filière, votre cadre d’emplois, votre grade et votre échelon. Le simulateur calcule ce que vous toucheriez si le point avait suivi les prix, sur votre grille actuelle. Il mesure l’effet du point seul : les réformes de grille ne sont pas déduites, c’est la première colonne du tableau. L’indice des prix suit chaque mois la dernière publication de l’INSEE.
Si le point d’indice avait suivi l’inflation depuis 2000
Filière, cadre d’emplois, grade et échelon : ce que vous toucheriez aujourd’hui
Montants bruts mensuels à temps complet, hors primes, indemnité de résidence et supplément familial. Calcul : valeur moyenne du point en 2000 (4,25 €) revalorisée comme les prix à la consommation hors tabac (INSEE), appliquée à votre indice diminué des 6 points accordés à tous en 2006 et 2024. Indice des prix de septembre 2026. Le transfert primes/points de 2016-2019 n’est pas compté comme un gain : il a été financé par une baisse des primes. Le simulateur mesure l’effet du point seul : les refontes de grilles intervenues depuis 2000 ne sont pas déduites.
Les « coups de pouce » n’ont rien réparé
Le gouvernement mettra en avant ses mesures ponctuelles. Aucune n’a relevé le point. La GIPA, qui compensait une partie de la perte sur quatre ans, n’a pas été versée en 2024 ni en 2025. La prime de pouvoir d’achat de 2023 (de 300 € à 800 €) était facultative dans la territoriale et versée une seule fois. L’indemnité différentielle, elle, empêche seulement d’être payé sous le SMIC.
Dernière annonce en date : au rendez-vous salarial du 2 octobre 2026, le gouvernement a proposé de relever l’indice minimum de 366 à 372 au 1er janvier 2027, en gardant le point gelé. Faites le calcul : 372 points, c’est 1 831 € brut. Le SMIC est déjà à 1 867 €, soit 36 € de plus, et il est revalorisé chaque 1er janvier. Il faudrait 380 points pour seulement le rejoindre aujourd’hui. Le nouveau minimum sera donc sous le SMIC avant même d’entrer en vigueur, et l’indemnité différentielle continuera. La FSU a quitté la réunion avant la fin.
Une prime unique ne rattrape pas une perte qui se répète chaque mois depuis vingt-cinq ans. Et aucune d’elles n’entre dans le calcul de la pension CNRACL.
Ce que revendique la FSU Territoriale
Le CSFPT, qui réunit employeurs territoriaux et syndicats, demande lui-même de « revaloriser la valeur du point d’indice ». La FSU Territoriale du Pas-de-Calais revendique une revalorisation immédiate du point, avec un plan de rattrapage des pertes accumulées depuis 2000. Elle demande son indexation sur les prix, pour que le gel ne redevienne jamais un outil budgétaire, et le rétablissement de la GIPA tant que ce rattrapage n’est pas fait. Elle réclame enfin une refonte des grilles, pour qu’une carrière ne se passe plus à quelques euros du SMIC, et l’intégration des primes dans le traitement, pour qu’elles comptent pour la retraite.
Le point d’indice est la base du salaire de tous les fonctionnaires et de nombreux contractuels. Le laisser fondre, c’est baisser les salaires sans le dire.
Sources : rapport du CSFPT du 16 septembre 2026, p. 16 à 18 et 21 ; INSEE, indice des prix à la consommation hors tabac, ensemble des ménages, France (série 011814056) ; décrets n° 99-943, 2000-1154, 2006-1283 et 2023-519 ; statuts particuliers et échelonnements indiciaires en vigueur en 2000 et en 2026 ; barème des indices du 1er décembre 1999 (JO n° 264 du 14 novembre 1999) ; décret n° 91-613 et code de la sécurité sociale (taux de cotisation de 2000).