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Salaires des territoriaux : vote unanime historique au CSFPT pour exiger l’urgence de l’action !

Réuni en séance plénière ce mercredi 16 septembre 2026, le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale (CSFPT) a adopté à l’unanimité absolue un rapport d’auto-saisine sans concession intitulé « Les rémunérations des agents territoriaux : L’urgence de l’action ! ». Face à l’effondrement du pouvoir d’achat, à la smicardisation massive et au gel prolongé du point d’indice, employeurs territoriaux et organisations syndicales font front commun. L’État ne peut plus détourner le regard : l’heure des mesures d’urgence a sonné.
C’est un signal politique d’une portée exceptionnelle. Alors que les négociations salariales dans la fonction publique sont au point mort depuis plusieurs années, le CSFPT a validé à 100 % des voix ce rapport d’alerte : 12 voix favorables du côté du collège des employeurs territoriaux (maires de France, départements, régions) et 20 voix favorables du côté du collège des organisations syndicales, dont la FSU.
Sous la présidence de Philippe Laurent et sur la base des travaux rapportés par Delphine Depay, ce vote unanime met fin à l’argument commode selon lequel la revalorisation des salaires ne serait qu’une revendication corporative. Employeurs et représentants des personnels s’accordent sur le même diagnostic lucide : la Fonction Publique Territoriale (FPT) traverse une crise structurelle majeure qui met directement en péril l’avenir et la qualité du service public local.
Les chiffres noirs du décrochage salarial territorial
S’appuyant sur les données officielles les plus récentes de l’INSEE et de la DGAFP, le rapport dresse un état des lieux implacable. La fonction publique territoriale demeure, de très loin, le versant le plus mal rémunéré de toute la fonction publique :
- Un gouffre avec les autres versants : En 2024, le salaire net mensuel moyen dans la FPT s’établit à 2 317 € (toutes catégories et statuts confondus), contre 2 886 € dans la fonction publique de l’État (FPE) et 2 842 € dans l’hospitalière (FPH). Soit un décrochage de plus de 500 à 600 € nets chaque mois.
- Des salaires encore plus bas dans les communes et CCAS : Le salaire net moyen tombe à 2 186 € dans les communes et à 2 185 € dans les CCAS et caisses des écoles.
- 10 % des agents sous les 1 653 € : Un dixième des agents territoriaux perçoit une rémunération nette inférieure à 1 653 € par mois.
- Dépassés par le secteur privé : Longtemps favorable aux agents publics, l’écart avec le privé s’est totalement inversé. Le salaire net moyen du secteur privé (2 735 €) a dépassé celui de la fonction publique depuis 2013 et l’écart ne cesse de se creuser.
- Inégalités femmes-hommes persistantes : À temps de travail équivalent, les femmes gagnent en moyenne 7 % de moins que les hommes dans la FPT. Cet écart atteint même près de 10 000 € par an en catégorie A médico-sociale et 4 880 € dans la filière administrative. De plus, les primes représentent 21 % de la rémunération des hommes contre seulement 18 % chez les femmes.
Le point d’indice à 6,50 € et le piège de la smicardisation
Le principal responsable de cette paupérisation est connu : le gel quasi-permanent de la valeur du point d’indice. Les revalorisations dérisoires accordées en 2022 (+3,5 %) et 2023 (+1,5 %) ont été balayées par l’inflation cumulée, qui a atteint 13,9 % sur la période 2022-2025.
Le rapport du CSFPT formule un calcul choc : si la valeur du point d’indice avait simplement suivi l’inflation depuis l’an 2000, elle ne serait pas bloquée à 4,92 € aujourd’hui, mais s’élèverait à 6,50 € !
Pendant que le point d’indice stagne, les revalorisations automatiques indispensables du SMIC ont provoqué un tassement destructeur des grilles indiciaires par le bas :
- Dès le 1er janvier 2026, la hausse du SMIC (+1,18 %) a plongé plus de 356 000 fonctionnaires en dessous du salaire minimum, écrasant les 5 premiers échelons de l’échelle C1 et les 3 premiers de C2.
- Avec la nouvelle hausse du SMIC de 2,41 % intervenue au 1er juin 2026, ce sont désormais près de 700 000 agents qui sont rattrapés : tous les échelons du 1er au 10e de la grille C1, les 7 premiers échelons de C2, les 3 premiers de C3, mais aussi les 5 premiers échelons de B1 et les 2 premiers de B2 !
- Même la catégorie A est touchée : un attaché territorial débutant au 1er échelon ne perçoit plus que 77 € bruts de plus que le SMIC. En 2000, un attaché débutait à 1,35 fois le SMIC.
Pour masquer cette faillite, le gouvernement use de l’indemnité différentielle : un complément provisoire qui complète le traitement jusqu’au SMIC, mais sans aucune cotisation pour la retraite CNRACL. C’est une double peine pour les agents : un salaire bloqué aujourd’hui, et une future pension amputée demain. Pour couronner le tout, la Garantie Individuelle de Pouvoir d’Achat (GIPA) a été purement et simplement supprimée en 2024 et 2025, alors même que le nombre d’agents de catégorie B qui y avaient droit avait été multiplié par dix !
Le mirage du RIFSEEP et l’explosion de la précarité
Faute de revalorisation du traitement indiciaire, les collectivités sont contraintes d’utiliser le régime indemnitaire comme variable d’ajustement. Dans la FPT, la part des primes et indemnités atteint désormais 25,3 % du salaire brut.
Comme le souligne avec force le rapport, cette politique du « tout-indemnitaire » à travers le RIFSEEP crée de graves dérives :
- Une menace sur les retraites : Les primes ne cotisent pas au régime de base de la CNRACL. Deux agents au même échelon avec le même salaire global n’auront pas du tout la même pension si l’un perçoit du traitement de base et l’autre du RIFSEEP. Retrouvez notre analyse détaillée sur le calcul de la pension CNRACL.
- Une concurrence déloyale entre collectivités : Les petites communes rurales et les collectivités financièrement contraintes ne peuvent pas rivaliser avec les grandes agglomérations, créant une inégalité criante entre agents pour des fonctions strictement identiques.
- Une fuite vers la précarité : Ne trouvant plus de candidats statutaires face à ces grilles atones, les collectivités recourent massivement aux contractuels. La FPT a compté +30 000 contractuels supplémentaires en 2023 (+6,2 %). Les agents non titulaires représentent désormais 26 % des effectifs territoriaux (plus de 510 000 collègues précaires).
Les propositions fortes et unanimes du CSFPT
Face à ce constat d’une gravité inédite, le CSFPT ne s’est pas contenté de dresser un bilan : il a adopté une plateforme de propositions d’urgence, transmise directement aux ministres concernés :
- Revaloriser la valeur du point d’indice et maintenir formellement l’unité du statut en refusant toute décorrélation du point entre les trois versants.
- Garantir les moyens financiers aux collectivités : L’État doit compenser intégralement le coût des mesures salariales pour les finances locales par un nouvel équilibre financier.
- Instituer des conférences salariales annuelles obligatoires, couplées au calendrier des projets de lois de finances (PLF) avec les organisations syndicales et les employeurs.
- Refondre les grilles indiciaires : À l’instar de ce qui a été fait pour la haute fonction publique, refondre les grilles de catégories C, B et A pour redonner des écarts significatifs entre échelons et ajouter des échelons terminaux en fin de carrière.
- Reclasser en catégorie B les cadres d’emplois de catégorie C : Le CSFPT demande d’étudier sans tarder le passage en catégorie B des ATSEM, agents de maîtrise, policiers municipaux et sous-officiers de sapeurs-pompiers !
- Reconnaissance de la filière sociale et médico-sociale : Suppression définitive des grilles dévalorisées dites « petits A » et « petits B » pour un alignement sur la filière administrative, et attribution d’un Complément de Traitement Indiciaire (CTI) à tous les agents du secteur, y compris les assistants familiaux et maternels.
- Intégrer une part du régime indemnitaire dans le traitement indiciaire (IFSE) : Afin de sécuriser le pouvoir d’achat et de le faire compter pour les droits à pension de retraite.
- Moderniser la NBI (Nouvelle Bonification Indiciaire) et l’ouvrir aux contractuels.
- Sécuriser et légaliser les primes de fin d’année pour tous les agents nouvellement recrutés.
Ce que nous en retenons à la FSU Territoriale 62
Pour la FSU Territoriale du Pas-de-Calais, ce vote unanime est une confirmation éclatante de ce que nous portons au quotidien sur le terrain. Que ce soit au Conseil Départemental 62 (auprès des 1 800 assistants familiaux, des agents des collèges ATTEE, des agents de voirie ou des travailleurs sociaux) ou au sein des communes et intercommunalités du Pas-de-Calais, le malaise salarial est généralisé.
Le gouvernement a le rapport entre les mains. Il ne peut plus feindre l’ignorance ni opposer les employeurs locaux aux représentants des agents. La balle est dans son camp.
Mais nous n’attendrons pas les arbitrages parisiens pour agir localement :
- Nous appelons les élus locaux du Pas-de-Calais à voter des motions de soutien aux conclusions du CSFPT et à exiger de l’État les compensations financières nécessaires.
- Nous exigeons l’ouverture immédiate de négociations salariales locales dans chaque collectivité du 62 pour réévaluer les montants de l’IFSE, garantir les critères de versement du CIA et pérenniser la prime de fin d’année.
- Nous revendiquons la mise en œuvre accélérée de la participation financière des employeurs à la Protection Sociale Complémentaire (santé et prévoyance).
- Testez votre bulletin : Utilisez notre Vérificateur de paie FSU en ligne pour passer au crible votre indice, vos retenues et vos primes en toute confidentialité.
- Consultez vos grilles : Retrouvez toutes les grilles actualisées dans notre espace dédié : Grille catégorie C, Grille catégorie B et règles d’avancement d’échelon.
- Ne restez pas seul(e) : Pour toute question sur votre rémunération ou pour faire respecter vos droits, contactez la FSU Territoriale 62 ou rejoignez-nous en adhérant en ligne.
- Rapport du CSFPT : « Les rémunérations des agents territoriaux : L’urgence de l’action ! », séance plénière du 16 septembre 2026 (Rapporteure : Delphine Depay, Présidente de la FS3).
- DGAFP : Rapport annuel sur l’état de la fonction publique (données salariales et effectifs).
- INSEE Première n° 1996 : « Les salaires dans la fonction publique territoriale en 2024 » (publié en mai 2026).
- Conseil Économique, Social et Environnemental (CESE) : Avis « Lutter contre la précarité professionnelle par une économie inclusive » (février 2026).
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Êtes-vous concerné(e) par l’indemnité différentielle SMIC ? Vos primes RIFSEEP respectent-elles les délibérations de votre collectivité ? Votre déroulement de carrière est-il bloqué ?